L'abri conique anti-aérien de Villenoy

Visible au fond du parc de l’hôtel de ville, ce bâtiment en forme de cône ou de pain de sucre, comme l’appellent les villenoyens, haut de 18 mètres, a été construit entre 1938 et 1940, à la veille de la Seconde Guerre Mondiale pour protéger le personnel de la Sucrerie de Villenoy des bombes que pourraient lancer des avions ennemis sur l’usine ou la ligne de chemin de fer toute proche.

Une centaine de personnes – y compris quelques habitants de la rue Aristide Briand – pouvaient s’y réfugier, notamment lors des deux alertes de 1944. Des enfants ont dormi dans l’abri. C’était la sirène de l’Hôtel de Ville de Meaux ou la cloche de la Maison du directeur de la Sucrerie qui prévenait de l’arrivée d’une vague de bombardiers.

Il comporte un sous-sol, un rez-de-chaussée avec une pièce infirmerie dotée d’une douche de décontamination, 3 étages et 3 autres niveaux au-dessus beaucoup plus étroits et à usage technique. Au total, 8 niveaux. Un escalier en colimaçon autour d’une gaine technique centrale mène jusqu’au 3ème étage ; deux portes antisouffle en acier sont installées au 2ème et 3ème étage.

Construit en béton armé de ferrailles (d’anciens rails de chemin de fer ont été réutilisés), les murs sont épais de plus de 50 centimètres ; les petites ouvertures triangulaires de chacun des étages sont protégées intérieurement des éclats de bombes et du souffle de l’explosion par un lourd bouclier de fer, lui aussi triangulaire, que l’on pouvait mettre ou enlever à la main. Un volet métallique triangulaire pivote et ferme l’ouverture.
Tous les étages disposaient de WC-toilettes, de l’électricité et d’un éclairage de secours sur batterie.

Une ventilation mécanique renouvelait l’air dans l’abri ; on voit encore à chaque niveau les tuyaux en tôle qui servaient à l’arrivée d’air. Tout en haut, au niveau 4, se trouvent le gros ventilateur, le moteur électrique d’entraînement et le « vélo » qui, en cas de coupure de courant, lors d’une alerte, faisait, avec l’aide d’un volontaire, tourner la machinerie. Deux gros caissons métalliques cubiques étaient destinés à filtrer l’air extérieur en cas de présence de gaz.

L’abri, à son sommet, est coiffé d’un chapeau très lourd, en fonte d’acier qui pivotait sur un axe. Celui-ci, avec les années, est bloqué par la rouille… ce qui explique le léger décalage du chapeau lorsqu’on regarde l’abri de loin. Une réparation est nécessaire car la pluie entre à l’intérieur. Le chapeau pivotait et libérait une ouverture au sommet permettant une prise d’air supplémentaire au dessus d’une éventuelle nappe de gaz, plus lourd, demeurant près du sol.

L’intérieur de l’abri en béton est compartimenté, assurant la solidité de sa structure (6 alvéoles à chaque niveau, A,B,C,D,E,F) mais surtout destiné à briser l’effet de souffle d’une éventuelle bombe tombant sur l’abri ou à coté. D’ailleurs la forme conique de l’abri sert fondamentalement à dévier le souffle d’une bombe explosant à sa base. De même on peut remarquer à l’intérieur, à chaque étage, au sol, une grande plaque métallique pouvant se soulever et servir de plaque de décompression.

Les entrées dans l’abri devaient se faire au plus vite, vu le danger des avions en approche, la sirène d’alerte retentissant. Les portes d’accès, trois au sous-sol et deux à l’ entrée principale en chicane, au rez-de-chaussée, sont prévues pour un accès rapide ; la fermeture automatique et rapide de la lourde porte s’effectue grâce à un câble sur poulie et un contrepoids.

Une tranchée d’une quinzaine de mètres, en zig-zag pour parer les éclats de bombe, conduit à l’entrée sous-sol Est permettant au personnel venant directement de la Sucrerie de s’engouffrer dans l’abri.

En 1938-1939, vue l’imminence d’une guerre avec l’Allemagne nazie d’Hitler, les maires, les directeurs d’usine avaient l’obligation d’engager des travaux destinés à protéger la population civile, les familles, les ouvriers et cadres des entreprises. La loi du 11 juillet 1938, celle du 20 mars 1939 portant sur « l’organisation de la nation en temps de guerre » instituent ce qu’on a appelé la « Défense Passive » (DP). Des équipes de sauveteurs-secouristes ont été constituées pour dégager et évacuer les victimes ensevelies sous les décombres des maisons ou de l’usine après le bombardement, éteindre les incendies. On avait répertorié tous les abris possibles à l’épreuve des bombes : caves profondes aux murs solides, entrepôts, glacières souterraines, carrières à proximité… à défaut on creusait une tranchée que l’on recouvrait de rondins et de terre, à coté de sa maison. Des masques à gaz étaient distribués nominativement à chaque habitant de la commune.

Un des ingénieurs de la Sucrerie avait conçu les plans d’un abri original, en surface, apparemment un véritable paradoxe mais n’oublions pas qu’à deux pas se trouve le rû de Rutel et un peu plus loin le lit de La Marne et que le sous-sol des terrains est souvent gorgé d’eau : un abri souterrain aurait donc été inondable. L’idée était bonne.

En Allemagne il existe encore près de 130 abris antiaérien de surface, en forme de tour, construits depuis 1937 par l’architecte Léo Winkel (1885-1981). Certains pouvaient accueillir plus de 500 personnes.

En France, l’abri de Villenoy est unique. Il témoigne, 75 ans après sa construction, de la vie des habitants de Villenoy et du pays de Meaux à un moment de l’histoire de notre pays particulièrement tragique et dont il faut se souvenir. Il fait partie de notre patrimoine.

Débutés en septembre 2011 à l’initiative de M. François Daveau, les travaux de réhabilitation de l’abri financés par la commune, se sont poursuivis tout au long de l’année 2013. Grâce à l’intervention des cordistes de la société chelloise Altissur, les parois externes du cône ont retrouvé un aspect presque neuf, la maçonnerie des trois entrées du sous-sol a été reprise, un éclairage sur batterie de cinq pièces du rez-de-chaussée et du sous-sol a été réalisé et, comme en 1944, chaises et bancs de bois permettent aux visiteurs de s’imaginer attendre la fin d’une alerte aérienne.

Des visites en groupe sont organisées régulièrement le 8 mai, le 11 novembre et les week-end des journées du patrimoine.

L’originalité de cette construction insolite, témoin de l’histoire de Villenoy en fait véritablement un site attractif pour les groupes de randonneurs de la région, les associations de « reconstituants » ou les amateurs de tourisme historique sur le thème de la Seconde Guerre mondiale.

Les inscriptions pour les visites se font auprès de la Mairie.
Service vie locale : 01 60 09 82 45 ou mail vie-locale@villenoy.fr

Contact : Monsieur François Daveau : 06 81 51 23 96 – francois.daveau@laposte.net